L’incroyable destin de Severiano de Heredia

severiano.jpgL’incroyable destin de Severiano de Heredia: Ce mulâtre cubain que Paris fit ‘maire’ en 1879, et la République, ministre en mai 1887.

Severiano de Heredia est fils, d'après son acte de baptême du 4 janvier 1837 en la paroisse San Jesus del Monte (9e livres des baptêmes des pardos), de Henri de Heredia et Beatrice de Cardenas, tous deux de couleur, libres  ; il eut comme parrain don Ignacio Heredia y Campuzano (1794-1848); il est baptisé en tant que « mulâtre, né libre ».

Ignacio Heredia y Campuzano, son parrain, avait épousé une Française Mageleine Godfray dont il n'eut pas, semble-t-il, de descendance; il serait d'après certaines sources le père naturel de Severiano (qui serait alors le cousin germain direct de José María Heredia (1803-1839), le célèbre poète cubain, et le cousin issu de germain de José-Maria de Heredia, le poète français auteur des Trophées). Ignacio Heredia y Campuzano assuma en tout cas l'éducation de son fils adoptif l'envoyant en France à l'âge de 10 ans. Severiano fit de très brillantes études au lycée Louis-le-Grand où il reçut en 1855 le grand prix d'honneur du lycée; il composa plusieurs nouvelles et essais poétiques ; son parrain Ignacio Heredia fit de lui son héritier le mettant à l'abri du besoin.

En 1870, il demanda la nationalité française « pour montrer qu'il reconnaissait ce qu'il devait à la France en ces temps difficiles et pour lui être utile » (ce sont ses propres termes) et s'orienta vers l'action politique en tant que républicain de tendance radicale. Il devint membre du conseil municipal de Paris pour le quartier des Ternes (17e arrondissement de Paris) à partir d'avril 1873, président du conseil de Paris en 1879, puis fut élu en août 1881 à la Chambre des députés (premier mandat sous l'étiquette de l'Union républicaine, second mandat sous celle de la Gauche radicale1). Il devint ministre des Travaux publics du 30 mai 1887 au 11 décembre 1887 dans le le premier gouvernement de Maurice Rouvier. Il lutta entre autres pour réduire la journée de travail en usine à dix heures pour les enfants de moins de douze ans, se prononça contre le général Boulanger et intervint dans le vote des lois sur le réseau métropolitain de Paris.

Il ne fut pas élu aux élections législatives de 1889 ni à celles de 1893 et se retira de la scène politique pour se consacrer à l'histoire de la littérature.

Il épousa à Paris le 3 novembre 1868 Henriette Hanaire dont il eut une fille Marcelle de Heredia (1873-1962) neurophysiologiste reconnue qui épousa Louis Lapicque, neurophysiologiste également; ils eurent comme neveu et fils adoptif Charles Lapicque (1898-1988) qui après des études scientifiques devint un peintre connu.

Severiano de Heredia mourut le 9 février 1901 en son domicile parisien de la rue de Courcelles.

Source:https://fr.wikipedia.org/wiki/Severiano_de_Heredia


Un Caribéen noir, Severiano de Heredia, a été ministre des Travaux publics et président du conseil de Paris sous la 3e République. Ce mulâtre cubain, cousin des deux poètes José-Maria de Heredia, a été dénigré de son vivant et effacé des mémoires dès son trépas. Un cas emblématique proposé par les éditions Les Indes savantes, collection Boutique de l’histoire.

Paul Strade, professeur émérite de l’université de Paris VIII, a présenté vendredi dernier à l’Assemblée Nationale son livre, « Sévériano de Hérédia : ce mulâtre cubain que Paris fit maire et la République ministre », préfacé par la 1re députée noire de la capitale, Georges Pau-Langevin.

L’auteur a épluché les archives de la police de Paris, de la Bibliothèque nationale, du Grand orient de France, ainsi que les archives cubaines afin de rétablir l’histoire. « En France, seul l’archiviste du Grand orient de France avait remarqué son nom clinquant et son rang éminent au sein de la hiérarchie maçonnique. Mais il ne s’avait pas qu’il était noir. » Severiano de Hérédia a été élu conseiller municipal du quartier des Ternes en 1873, puis président du conseil de Paris en 1879 et député de la Seine en 1881. Il devient en 1887 le premier ministre noir des Travaux publics. Un ministère de plein pouvoir dans le gouvernement Rouvier. « Severiano de Hérédia était un grand réformiste social et laïc », résume l’auteur.

Et pourtant, il reste méconnu pour ne pas dire inconnu. Son nom ne figure pas sur la liste des personnalités enterrées au cimetière parisien des Batignolles où il repose, ni dans les dictionnaires et encyclopédies populaires actuelles. Aucune trace de son nom dans le Paris d’aujourd’hui ou ailleurs en France. Il n’a d’ailleurs jamais été décoré de la légion d’Honneur alors même qu’il est le créateur des bibliothèques municipales à Paris et, à la suite de Victor Hugo et Jules Ferry, président de l’association Philotechnique. Ce grand républicain classé au cimetière des oubliettes fait partie de ces Noirs qui ont fait la France.

Né à la Havane, le 8 novembre 1836, de deux mulâtres libres, il a été élevé par son parrain, un riche planteur qui disait de lui : « Je l’aime comme un fils pour l’avoir élevé. » Il débarque à Paris en 1845, où il mourra le 9 février 1901 d’une commotion cérébrale. C’est lui qui géra avec succès les très grands froids de l’hiver 1879-1880 sur la capitale. « C’est un exemple à méditer », s’est émue George Pau-Langevin qui a offert un exemplaire de l’ouvrage à Bertrand Delanoë, son lointain successeur. Ce dernier ignorait jusqu’alors qu’un Noir avait occupé son fauteuil avant lui.

L’ambassadeur de la République de Cuba à Paris, Orlando Requeijo Gual, a été surpris que personne, particulièrement aux archives, ne connaissent l’existence de Séveriano de Heredia. « Ce n’est pas possible », lui a-t-on répondu. « C’est pourtant le tournant de l’histoire, s’exclame le diplomate. C’est d’une actualité incroyable ! Il est peut être le premier ministre non blanc en Europe ! Ce livre est un monument surtout pour penser, pour réfléchir. »

Aujourd’hui, la question des raisons de cet oubli se pose. Pourquoi ce qui a été possible durant ces années-là ne l’est plus aujourd’hui ? Il est l’homme oublié à cause de la couleur de sa peau ? Et alors qu’il a été porté par la 3eRépublique, il est parti sans les honneurs réservés à ses meilleurs citoyens. C’est une profanation de l’identité nationale. » Navrant destin pour Heredia qui devrait faire partie du récit national.


Alfred Jocksan (agence de presse GHM)
3 questions à Paul Strade, auteur

Quel est l’objet de votre livre ?

J’ai voulu montrer, c’est un travail d’historien, que notre Sévériano de Hérédia était véritablement un homme supérieur, indépendamment de toute autre considération.

En quoi cet homme est-il emblématique ?

Dès que j’ai mis le nez dans la documentation le concernant, je me suis aperçu de la modernité de sa pensée et surtout de son insertion possible dans les débats actuels. Mais je pense que les mentalités françaises n’ont pas évolué aussi vite que le monde et, par conséquent, il reste encore des relents enfouis, et parfois malheureusement exprimés, d’une pensée colonialiste .

Comment se fait-il qu’il ne figure pas sur la liste des personnalités du cimetière des Batignolles ?

C’est extrêmement surprenant et il faut continuer les recherches. Une chose est certaine, il a eu des obsèques magnifiques avec cinq orateurs donc un futur président de la République, le président du Sénat et chose tout à fait extraordinaire, le corps diplomatique étranger était représenté par Haïti. C’est la seule fois où Haïti a représenté le corps diplomatique mondial.

L’ambassadeur d’Haïti était un ami de Severiano, c’est-à-dire qu’on avait perçu au moment de sa mort sa dimension africaine. La presse a rendu compte de ces obsèques très solennelles comme un fait divers. Son étoile avait pali, il n’était plus rien. Il avait été quelque chose, et là, il y avait eu la conquête de l’Afrique… Tout Français doit se pencher sur son histoire en examinant les recoins qui peuvent être honteux ou simplement incompris.
Propos recueillis par Alfred Jocksan

Source: geledes.org.br

 

Précisions pour l’histoire

qu’il devait à la France en ces temps difficiles et pour lui être utile » (ce sont ses propres termes) et s’orienta vers l’action politique en tant que républicain de tendance radicale. Il devint membre du conseil municipal de Paris pour le quartier des Ternes (17e arrondissement de Paris) à partir d’avril 1873 puis fut élu en août 1881 à la Chambre des députés (premier mandat sous l’étiquette de l’Union républicaine, second mandat sous celle de la Gauche radicale[1]). Il devint ministre des Travaux publics du 30 mai 1887 au 11 décembre 1887 dans le le premier gouvernement de Maurice Rouvier. Il lutta entre autres pour réduire la journée de travail en usine à dix heures pour les enfants de moins de douze ans, se prononça contre le général Boulanger et intervint dans le vote des lois sur le réseau métropolitain de Paris.

Il ne fut pas élu aux élections législatives de 1889 ni à celles de 1893 et se retira de la scène politique pour se consacrer à l’histoire de la littérature.

Source: Michel Confrere

Source de l'article: http://eburnienews.net

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